Par HUGUES DORZEE – Le Soir, lundi 14 avril 2008, 07:32
Darwin
ne plaît décidément pas à tout le monde. Aujourd’hui, en Belgique, de futurs enseignants (biologistes, normaliens…) se montrent réticents à l’idée de dispenser la théorie de l’évolution.
Préférant, de loin, les thèses créationnistes affirmant que la naissance de l’univers et des êtres vivants ont été « dirigés » par une entité supérieure.
Cette situation inquiète certaines directions d’écoles, ainsi que les formateurs.
Le député libéral Philippe Fontaine (MR) a récemment interpellé au Parlement les ministres francophones de l’enseignement, Christian Dupont (PS, Éducation) et Marie-Dominique Simonet (CDH,
Enseignement supérieur) sur le sujet. Pour ce parlementaire, il y a clairement lieu de « combattre ces dérives ».
L’enseignement du darwinisme figure pourtant noir sur blanc dans les programmes scolaires adoptés par la commission ad hoc.
Ceux-ci s’adressent aux élèves de 6e secondaire, dans tout l’enseignement subventionné. En outre, les jeunes instituteurs ou professeurs devront se conformer aux
prescrits du décret « missions ». « On ne peut pas empêcher un pédagogue d’avoir des convictions religieuses, c’est une liberté fondamentale, rappelle Laurence Perbal, aspirante au FNRS
(ULB). Mais il n’a pas le droit d’aller à l’encontre des programmes officiels. »
Les ministres Dupont et Simonet se disent préoccupés par le sujet et insistent sur le rôle essentiel des inspecteurs. « Mais ceux-ci ne peuvent pas être partout et tout le temps »,
précise Laurence Perbal. En 2007, la ministre Arena a diffusé une circulaire mettant en garde les équipes éducatives contre le fameux « Atlas de la Création », cet ouvrage rédigé par le Turc
Harun Yahya, qui sous le couvert d’une « invitation à la Vérité » réfute clairement la théorie de l’évolution. Mais, comme le souligne Christian Dupont, le corps enseignant est «
parfois démuni face à cette situation ». D’où le budget débloqué par la Communauté française (138.000 euros) pour confier à trois chercheurs de l’ULB le soin de mener à bien une enquête dans
une soixantaine d’écoles afin de mesurer l’ampleur du phénomène et créer, à terme, des outils pour mieux appréhender ces thèses créationnistes. D’ici là, annonce le ministre Dupont, les profs
bénéficieront d’un module de formation continue portant sur « les conflits de loyauté vécus par l’élève vis-à-vis de ses pairs ou vis-à-vis de sa famille ». En effet, nombre d’élèves
ayant reçu une éducation religieuse sont parfois écartelés entre leur vécu et ce qu’on leur enseigne en classe (biologie, psychologie, cours philosophiques…). Et pour les futurs enseignants ?
« Nous devons être fermes, estime Jean-Christophe de Biseau, responsable de l’agrégation en biologie (ULB). Certains futurs profs de bio présentent de sérieuses lacunes en matière de
théorie de l’évolution. Et puis il y a ceux qui se refusent à enseigner cette matière. C’est le cas de certains musulmans ou de stagiaires venus du Maroc. On ne peut pas transiger là-dessus : à
chacun ses croyances ; mais la science, c’est autre chose. »
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